Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

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38, Chili, Quatre jours à bord de "L'Evangelistas"

Chili, Quatre jours à bord de "L'Evangelistas"

 

 

…À la cadence paresseuse d’un cargo.

 

 

 

 

 Non, non, il ne s’agit pas d’une croisière mais ça y ressemble !

 

« L’Evangelistas » est un cargo/ferry qui dès avril prochain sera mis en vente par la compagnie « Navimag » pour être remplacé par « L’Esperanza », un bâtiment flambant neuf construit au Japon.

 

 

 

 

Autant dire que naviguer sur « L’Evangelistas » prend aujourd’hui un caractère symbolique :

 

 

 Une errance australe à travers les canaux déroutants creusés par les fjords de la Patagonie chilienne, un pèlerinage sans procession et sans « Bon Dieu », une flânerie maritime entre levers de soleil sur les Andes et crépuscules mélancoliques sur le Pacifique et ses îles…

 

 

La route des fjords, c’est tout ça à la fois !

 

 

 

 

Sur le pont arrière, les effluves des cuisines se mélangent aux vapeurs de gasoil.

 

De temps en temps c’est l’odeur de la farine de poisson qui l’emporte…On vous l’a dit, c’est un cargo !

 

 

 

 

 

 

 

Nous vivons les dernières rotations du bateau.

 

C’est une chance empreinte d’une certaine tristesse de savoir la vieille bête, ce vieux cargo, abandonnant définitivement le transport voyageurs pour ne faire que du fret.

 

 

C’est vraisemblablement la fin d’une ambiance familiale à bord où au bout de quatre jours tout le monde se connait.

 

 

 

 

 

 

Le nouveau ferry, plus imposant, plus moderne, plus technologique, plus « beau » aura la capacité d’embarquer 400 voyageurs.

 

 

C’est une toute autre dimension, un autre monde.

 

 

Nous sommes très exactement 106 passagers, chauffeurs de camions inclus, qui quittons Puerto Natales pour Puerto Montt au nord.

 

Adios Puerto Natales:

 

 

 

 

Notre temps se partage au rythme lent de « l’Evangelistas » qui progresse de canal en canal en observant une route sinueuse.

 

 

Des passages très étroits succèdent à d’immenses étendues de mer étonnamment calme. Nous bénéficions d’une météo idéale, pas un seul grain de pluie et un soleil du sud bien présent.

 

 

 

 

 

 

En début et fin de journées, les températures sont basses, mais bien emmitouflés dans les parkas, les passagers se régalent du spectacle offert par ces territoires bruts.

 

 

 

 

 

 

 

Sur le pont, les appareils photos sont de sortie, mais  les crayons aussi :

Quelques dessinateurs croquent les profils de ces montagnes qui tombent dans la mer.

 

 

 

 

 

 

 

 

Au soleil de « la tarde », yoga sur le pont supérieur ou lecture au salon.

 

 

 

 

 

 

 

À l’aube du deuxième jour, j’avais activé la sonnerie de mon portable, je ne voulais absolument pas manquer le court arrêt du navire face à ce lieu mythique :

 

 

Le capitaine avait annoncé le passage entre six heures et six heures trente.

 

 À six heures nous étions une bonne dizaine dans un froid matinal à contempler l’approche de ce village égaré, à l'écart du monde.

 

Un havre perdu en somme et loin de tout.

 

 

 

 

 

 

 

« Loin de tout » c’est loin de la vérité, c’est plus que ça, c’est un exil !

 

« L’Evangelistas » se positionne face au port minuscule, confetti au pied des montagnes, improbable regroupement d’âmes dans ce désert maritime.

 

Une chaloupe est mise à l’eau et six passagers débarquent dans cette crique plantée de maisons colorées.

 

 

 

 

 

Nous sommes à Puerto Eden :

 

 Je l’avais imaginé cet arrêt, une heure pas plus, le temps de respirer cet espace de légende,

 

 

 

 

 

 

 

un « trou du cul du monde » magnifié par Chatwin, Sepulvèda et bien sûr Francisco Coloane :

 

 

« Puerto Eden doit probablement son nom à la fabuleuse beauté du site. A l'extrémité du canal de Messier, bordé de hautes murailles grisâtres, le courant enfle comme une veine pressurée et le sombre couloir monumental débouche sur un monde nouveau, primitif, où règne une nature d'une luxuriance grandiose et indomptée. Après l'imposante austérité de la roche, les îles verdoyantes de Puerto Eden offrent le spectacle d'une splendide oasis qui semble récemment surgie des eaux, et où le voyageur s'attend à rencontrer les premiers hommes ... »

 

Francisco Coloane : « Terre de feu ».

 

 

 

Le jour se lève sur Puerto Eden, Mathias, le Madrilène, crayonne le moment présent.

 

 

 

 

 

 

Un bref instant, sur le pont supérieur du cargo, l’âme de Francisco Coloane était parmi nous.

 

 

« Jack London de l’Amérique du sud » pour certains, fils d’un père chasseur de baleines, l’écrivain Chilien né sur l’île de Chiloé, a su avec merveille et intensité conter la Patagonie dans une écriture aussi ciselée que ces rivages froids et hostiles.

 

 

Les chaînes de l’ancre remontent libérant une poussière de rouille, le cargo pivote et presque sans bruit, s’éloigne du fjord.

 

 

Puerto Eden devient encore plus mince, s’efface, il n’y a plus rien.

 

 

 

 

 

La mer s’agite à peine, un faible tangage annonce l’arrivée dans el Golfo de Penas, c’est ici le grand océan, l’Evangelistas entre dans le Pacifique.

 

 

 

 

 

 

Douze heures de navigation pour contourner la Peninsula Tres Montes, une portion du parcours qui habituellement est très mouvementée.

 

De hautes vagues chahutent le navire et les passagers avec.

Aujourd’hui il n’en est rien, un temps magnifique et une mer pour débutant berce le cargo,

 

 

 

 

 

 

et c’est l’occasion d’apercevoir les baleines…

 

De loin, mais on les voit quand même et c’est un beau cadeau !

 

 

 

 

 

De retour sur la route des fjords, au matin du troisième jour, nous longeons d’étroits goulets où se nichent d’étonnantes constructions neuves :

 

 

 

 

 

Elles paraissent isolées ces maisons, mais elles ne le sont pas.

 

C’est comme un chapelet d’habitations reliées entre elles par des flotteurs tendant de larges caissons couverts de filets.

 

Ici, s’abritent de grosses fermes marines.

 

 

 

 

 

 

 

On produit du saumon par milliers de tonnes, des élevages de plus en plus contestés dans cette Patagonie si fière de penser qu’elle est toujours vierge.

 

 

 

 

 

La traversée en mode « slow travel » offre d’agréables moments de tranquillité,

 

 

 

 

 

 

 

et aussi de belles rencontres qui permettent de partager des expériences de voyage.

 

 

Des familles venues de France, des jeunes voyageurs et des moins jeunes…

 

 

 

 

Ils sont Espagnols, Suisses, Allemands, Belges, Chiliens, bref un bon melting pot bien heureux de bénéficier d’un climat exceptionnellement clément. Pas forcément rassurant, les glaces fondent en Antarctique.

 

 

 

 

 

Au matin du 4ème jour, nous débarquons à Puerto Montt au nord de la Patagonie Chilienne.

 

Les conditions météo ont été excellentes, et ( message perso) on espère que Julie qui nous suit à distance aura cette même chance !

 

 

 

 

 

 

Un autre voyage commence, nous allons sur l’île de Chiloé et bientôt sera le moment de quitter la Patagonie.

 

Conseils aux voyageurs :

 

La traversée se fait dans les deux sens.

 

Le sens Sud/Nord de Puerto Natales à Puerto Montt est moins demandé.

 

Plusieurs options possibles :

 

Les cabines individuelles avec ou sans hublot, les cabines à 4, et les salles dortoirs.

 

Toilette et douche individuelle ou partagée.

 

Les couchettes sont confortables et bénéficient toutes d’un rideau occultant, lumière individuelle et prise de courant.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le bon plan, c’est de louer des couchettes en salle commune, car la plupart du temps on passe sa vie sur le pont surtout quand la météo est clémente.

 

 

 

 

 

 

Nous avions opté pour une cabine à 4, ça été le jackpot, compte tenu de la faible affluence, nous avions la cabine pour nous deux.

 

 

Nourriture généreuse (trop), viande à chaque repas, ce n’est pas l’Argentine mais ça y ressemble côté « carne », possibilité de plats végétariens sur demande.

C’est de la belle cantine, c’est une cuisine soignée qui met en appétit. Slow travel mais pas slow food !

 

 

 

 

 

 

Pas d’alcool à bord.

 

Auparavant c’était « open bar », mais suite à un incident majeur, un couple Russe aurait abusé de la dive bouteille et la femme ayant basculée par-dessus bord (décédée) la compagnie Navimag a donc décidé de supprimer toute boisson alcoolisée.

 

Légende ou pas, c’est l’explication fournie par l’équipage.

 

Un voisin Belge m’a confié trouver cette décision regrettable, mieux vaudrait interdire l’embarcation aux Russes et autoriser la bière m’a-t-il dit !!

 

 De plus les tisanes lui semblaient particulièrement fades !

 

Je ne suis pas loin de penser la même chose !

 

Eau, café, thé disponibles 24 sur 24.

 

L’Evangelistas est vieillissant mais tous les communs sont maintenus dans une propreté "nickel".

 

 

 

 

Le staff est particulièrement à l’écoute de chacun.

 

 

 

 

 

 

 

Conférences, projection de film, jeux de société, prêt de jumelles, séances de yoga…

 

 

L’organisation est parfaite. Mas o menos 1500 km de sinuosité sur l’eau.

 

 

 

 

 

 

 

 



09/02/2020
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