Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

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33, Chili, Isla de Navarino, Tierra del Fuego.

 Chili, Isla de Navarino, Tierra del Fuego.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Un homme vêtu d'un cache-poussière gris sortit d'une guérite du quai et, s'approchant de moi, me demanda :

 

 

- Ça vous dirait d'aller travailler à Navarino ?

 

 

- Navarino ?... Fis-je, essayant de me souvenir.

 

 

- Oui, Navarino ! La grande île au sud du canal de Beagle. Là-bas on a besoin d'un homme à tout faire.

 

 

 

 Cette proposition me cueillit au cours d’une de ces journées où l’on pouvait s’embarquer vers n’importe où.

 

 

Je traînais sur les quais comme séparé de moi-même, tels ces lambeaux de nuage qui paressent dans le ciel après une tempête et que le premier souffle du vent emporte.

 

 

 J’avais été moi aussi balayé par une tempête, qui avait laissé dans ma mémoire l’image d’une femme et déposé dans mon cœur une lourde goutte d’ombre, qui de temps à autre épaississait mon sang. »

 

 

 

Francis Coloane : « Terre de Feu »

 

 

 

Puerto Williams, Isla de Navarino, El Fin del Mundo:

 

 

C’est donc ici !

 

La fin du monde, la ultima frontera, après il n’y a plus rien ou presque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

S’en allant vers l’Antarctique, seules des mers froides et grises accusent l’horizon de s’enfuir vers l’inconnu.

 

 

En prétendant être la ville la plus australe de la planète, Ushuaia et l’Argentine auraient volé la vedette à ce village chilien encore plus au sud, encore plus finisterra.

 

 

 

Mais comme l’a écrit Luis Sepulveda : « … personne ici ne confond mensonge et duperie. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À Port Williams, il n’y a que la mer qui s’agite, calme plat chez les insulaires de Isla de Navarino.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous sommes en Terre de Feu chilienne, dans ce minuscule port de pêche (et base militaire) qui compte mas o menos quelques trois mille âmes dont la moitié sont « résidents permanents ».

 

 

 

Les militaires de l’Armada chilienne comptent pour près de 50% des « temporaires ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  En pleine saison de pêche, venus de Punta Arenas, des nouveaux arrivants prêtent leur bras à la conserverie de crabes qui s’active de février à novembre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La base maritime est créée en 1953, Puerto Williams devient municipalité en 1986.

 

 

Puerto Williams regarde en face l’Argentine et la grande île de la Terre de Feu :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Magellan et son équipage, traversant ce gigantesque puzzle d’îles, auraient aperçu de la fumée s’élevant des rivages.

 

 

Le navigateur aurait nommé ainsi la grande île « Tierra del Humo », Terre de la Fumée, mais Charles Quint déclara qu’il n’y avait pas de fumée sans feu et changea le nom.

 

 

 

Les feux étaient ceux des Indiens Fuégiens.

 

 

 

 

 

Les Fuégiens ont disparu et avec eux les feux ont rendu l’âme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui, lorsqu’une colonne de fumée s’élève en Terre de Feu, c’est une raffinerie qui crache dans le ciel patagon.

 

 

Au-delà du détroit de Magellan, la Terre de Feu, symbole de beauté pure et de décor éternel, ne peut pas faire oublier que cet archipel fût le théâtre d’une honteuse extermination silencieuse des peuples natifs.

 

 

Christina Calderon, dernière Yaghane de l'île demeure au village de Ukika.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Fuégiens, ces nomades de la mer, une fois descendus des canoës, avaient pour habitude de capturer le guanaco.

 

 

 

 Sans notion de propriété privée, ces Indiens des terres australes n’ont pas compris que les moutons introduits en Terre De Feu  étaient "le bien" de grands propriétaires qui s’étaient accaparés d’immenses territoires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour les Indiens de Terre de Feu, un animal n’appartenait à personne et pouvait être chassé librement.

 

 

 

Le prétexte à la « déportation » des Indiens devenus gênants est trouvé, mais les écarter des surfaces de pâturage ne sera pas suffisant aux yeux des colons.

 

 

 

il faudra donc en finir définitivement avec ces « voleurs » de gigots !

 

 

 

 

Les derniers indiens Yamana (appelés ensuite Yaghan par le colonisateur Blanc) ont été « transféré » à Ukika, à proximité immédiate de la base navale de Puerto Williams où l’on veillait plus facilement sur eux.

 

 

 

 

Ukika ne ressemble plus à grand-chose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En longeant le quai du débarcadère, il suffit de passer le pont qui enjambe la rivière Ukika pour apercevoir ce qui reste de ce modeste camp ou « réserve » ;

 

 

 On ne sait pas très bien ce qu’il faut penser de cette tentative de sauvetage, trop tardif, d’un peuple qui s’efforça d’échapper aux missionnaires et aux colons.

 

 

 Combat inégal bien sûr, les Indiens n’existent plus que dans la mémoire de ces terres crépusculaires.

 

 

Maintenant que le monde moderne porte plus d’attention au sort des peuples premiers, le Chili exploite sans risque le filon d’une reconnaissance calculée.

 

 

Perdu sur la rive sud du canal de Beagle, le village de Puerto Williams a planté ses baraques de tôles rouillées face aux montagnes du grand frère Argentin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les chevaux broutent en liberté sur cette dernière terre habitée avant les mers glaciales du Grand Sud.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Étions-nous au bout du monde ou seulement l’avons-nous rêvé ?

 

 

 Peu importe, on sait que l’île de Navarino a la saveur d’El Fin del Mundo et le vent qui s’engouffre dans les rues de Port Williams en porte le parfum.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce matin, la pluie tombe paisiblement sur ce Finisterre, c’est l’été en Terre de Feu.

 

 

 

 

C’est comme un crachin breton qui ensommeille la baie, et ici comme chez nous, la pluie ne mouille que les…ânes!

 

 

 

 

 

 

 

 

Demain on vous en dit plus.

 

 

 

 

 



14/01/2020
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