Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

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11, Argentine, San Ignacio, les Misiones Jésuites et crochet court au Paraguay.

11, Argentine, San Ignacio, les Misiones Jésuites et crochet court au Paraguay.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le paysage défile, monotone, rectiligne, soporifique.

 

 

À l’étage du bus, bien calé au creux des semi-cama confortables à souhait, j’efface le rideau de la vitre pour voler un aperçu furtif des villages traversés :

 

Dès que nous quittons la Nationale pour desservir de modestes localités, tout semble fragile. 

 

Très souvent, à part deux à trois rues principales qui ont le bénéfice de l’asphalte, le reste du pueblo s’organise autour de rues en terre battues.

 

 

 

 

 

 

La latérite, cette terre rouge qui colore les flaques d‘eau scintillantes sous le soleil des tropiques, laisse des traînées boueuses de chaque côté des pistes qui mènent à des villages très modestes pour ne pas dire miséreux.

 

 

Les habitations, très souvent des cabanes de planches, sont raccordées à l’électricité.

 

Quelques antennes paraboliques perchées dans des arbres semblent être les seuls signes visibles d’un rafistolage social bien timide.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 L’Argentine d’aujourd’hui c’est aussi ça, des « laissés pour compte » qui comptent peu !

 

 

Toujours un peu plus vers le nord, nous faisons route sous le tropique du Capricorne, nous approchons la province de Misiones.

 

 

L’environnement se métamorphose, la plaine s’estompe, les premières collines plantées de vastes forêts de conifères et de bosquets de bambous surgissent, la route nationale en parfait état s’élargit.

 

 

Des sections à trois voies se multiplient, les bus roulent vers Posadas, capitale de la bien nommée province de Misiones.

 

 

Cette étroite province qui comme un index tendu entre Brésil et Paraguay hérite de ce nom pour avoir vu naître sur ces terres fertiles les Missions Jésuites.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une aventure utopiste menée par la Compagnie de Jésus qui débute en 1609 et qui aura un écho retentissant dans toute l’Amérique latine durant cent cinquante ans.

 

 

Certains historiens y trouveront l’application d’une philosophie Marxiste avant l’heure :

 

 

Les Pères Jésuites fondèrent des Missions au cœur de la jungle où ils installèrent des communautés Indiennes Guarani afin de les évangéliser et de les « éduquer ».

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Guaranis, ainsi placés sous la « protection » du Bon Dieu évitaient l’esclavage et l’influence néfaste des colons.

 

 

Trente Missions réparties sur les territoires actuels de l’Argentine, du Brésil et du Paraguay virent le jour, rassemblant pas moins de 100 000 Guarani.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Guarani se gouvernaient eux-mêmes sous l’autorité spirituelle des Pères Jésuites :

 

l’agriculture vivrière se développa, la mortalité infantile baissa et la sécurité à l’intérieur des Missions s’avéra efficace.

 

Les familles recevaient des maisons, les enfants étaient scolarisés.

 

 

Ces communautés devenues autosuffisantes, la nourriture était répartie de manière équitable.

 

Peu à peu, on abandonne le bois pour la construction des édifices, les prêtres imposent la pierre et bâtissent selon les techniques de construction connues en Europe.

 

 

De grandioses églises baroques surgissent dans la jungle, les Misiones s’étoffent et rivalisent d’audace architecturale avec les églises construites en Europe à cette époque.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Jésuites n’obligent pas leurs « hôtes » à l’apprentissage de la langue espagnole, en revanche les Guarani adoptent rapidement l’art et la musique qu’on leur enseigne et font un savant mix en créant de superbes musiques qu’on nommera plus tard le style baroque guarani.

 

 

 

 

 

 

 

Les Jésuites, à l’instar des premiers apôtres, veulent bâtir et évangéliser selon le principe que le Royaume de Dieu soit fait « sur la terre comme au ciel » et pourquoi pas sur ces terres humides mangées par la jungle et les moustiques.

 

 

Une improbable République Chrétienne collectiviste prend forme, l’utopie est en marche.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le fantasme d'un « communisme » chrétien autorisant la distribution équitable de la production agricole à des indigènes préservés de la rapacité des colons ne sera pas du goût de tout le monde.

 

 

La France, l’Espagne et le Portugal commencent à trouver ces pères Jésuites éloignés des principes de la Couronne et un peu trop autonomes.

 

 

 

 

 

 

 

Les prêtres sont bannis, les Misiones périclitent, le rêve s’effondre.

 

 

Alors que reste-t-il des Guarani (…Euh non, je voulais dire…) que reste-t-il des Misiones ?

 

 

À San Ignacio Mini, les ruines les plus complètes d’Argentine, on prend la mesure du travail collectif des Jésuites et des Guarani :

 

Cette première Mision abritait près de 4000 Guarani. (1696 à 1767, date de l’expulsion des Jésuites)

 

 

Deux autres Misiones, plus imposantes que San Ignacio se trouvent sur l’autre rive du Paraná au Paraguay :

 

 

Trinidad et Jesùs de Tavarangüe :

 

 

 Briques d’ocre rouge sur prairie verte, éléments d’architecture mauresque espagnol, porches finement sculptés, églises au profil puissant, voilà en rapide résumé le témoignage de cette aventure avortée des Compagnons de Jésus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire est bien évidemment controversée :

 

Notre compatriote Breton Ernest Renan avait une tout autre perception des Jésuites :

 

 

« Les Jésuites ont fait de l'éducation une machine à rétrécir les têtes et à aplatir les esprits… »

 

 

Le film « Mission » de Roland Joffé, palme d’or à Cannes en 1986 remet aussi quelques pendules à l’heure :

 

 

Missive au Pape :

 

 

« Votre Sainteté, le règlement des petits embarras que j’avais à démêler loin de vos lumières est accompli dans son entier. Et les Indiens sont de nouveau libres et feront de bons esclaves pour les Espagnols et les Portugais de la région. »  

 

 

 

 

 

 

 

Le débat reste donc ouvert !

 

 

Conseils aux voyageurs :

 

 

Posadas ou San Ignacio sont les deux points d’entrées pratiques pour les Misiones du Paraguay.

 

San Ignacio est un petit bourg tranquille.

 

On conseille.

 

Qualité d’hébergement pour un très bon prix.

 

 

 

 

 

 

Petite marche menant au rio Parana au départ de San Ignacio:

 

 

 

 

 

 

 

Pour se rendre au Paraguay, le plus pratique c’est de négocier une journée incluant la visite des deux missions.

 

Passage du véhicule sur un traversier qui relie les deux rives du Paranà menant au poste d’immigration du Paraguay.

 

Même processus au retour en Argentine avec une nouvelle entrée sur le passeport qui remet le compteur valide pour 90 jours autorisés sur le territoire.

 

Peut s’avérer utile pour les longs séjours.

 

 

 

 

 

 

 

 

Possibilité de retirer des dollars US au Paraguay :

 

300 US par transaction avec CB, frais 5 US, plusieurs transactions possibles.

 

 

Dollars US très facilement négociables en Argentine.

 

Les ATM sont à éviter en Argentine :

 

 

 

Outre le fait que la transaction permet dans la plupart des banques un retrait maximum de 3000 Pesos,

(45 Euros au taux du jour), les frais sont exorbitants : 10 Euros par transaction, soit pour obtenir un cash de 45 euros on vous débite 55 ! (ça fait mal, claro que si! )

 

 

Des solutions existent pour éviter de se faire plumer :

 

le cash évidemment, mais aussi la carte de débit pour les paiements sans frais, CB qu’on peut souscrire en ligne (banque virtuelle).

 

 

Totalement gratuite, ça marche bien et de nombreux établissements acceptent ce moyen de paiement.

 

Attention, la carte de débit ne vous évite pas les frais en cas de retrait d’espèces.

 

 

Autre solution, utiliser Western Union et se faire expédier du cash, frais réduits.

 

 



10/11/2019
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